Ben Langwieder - Mark and Golaud
2026 | BEN LANGWIEDER
MARK AND GOLAUD
MONTRÉAL
30 jan - 21 mars, 2026
Vernissage : Vendredi 30 janvier 2026, de 17h à 19h
Ben Langwieder, Golaud, 2025, Acrylique sur toile, 21" x 31"
Blouin Division a le plaisir de présenter Mark and Golaud, une exposition de Ben Langwieder dans l’Espace Projet de Montréal
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Tu as probablement vécu plus de situations de désir triangulaire que tu ne le penses. Tu te souviens de l’apprentissage de l’attirance durant l’adolescence? Tout le monde avait de l’intérêt pour la même personne, parce que nous ne savions pas encore où placer notre désir, encore moins ce que signifiait vouloir quelqu’un. Il nous fallait une médiation, un acquiescement discret, pour savoir où le placer.
La géométrie des émotions me fait réfléchir : que signifie visualiser le désir ? Il surgit de façon inattendue, souvent là où il ne devrait pas, il part dans des directions aléatoires, et peut disparaître tout aussi mystérieusement. Parfois, il semble dense et complet, d’une réalité saisissante, pour aussitôt se dissiper telle la poudre aux yeux. C’est un écran de fumée, un jeu fragile: désirer, c’est nécessairement ne pas posséder. Lorsque deux points se rapprochent, ils forment une ligne, un circuit fermé de don et de réception. Le triangle, en revanche, ouvre sur lui-même un espace vide où toutes sortes de détours et de mises en scène peuvent avoir lieu. Il ouvre un espace scénique.
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Mon souvenir le plus fort d’un triangle amoureux provient d’un livre. À dix-huit ans, on m’a donné à lire Les Souffrances du jeune Werther (1774) de Goethe, et je l’ai tant aimé que j’en ai effrayé mes parents. Le sensible Werther tombe amoureux de Lotte, qui est fiancée à Albert ; incapable de le supporter, il finit par se suicider. Les Souffrances ont aiguisé mon goût pour la beauté sublime de mon propre tourment et ont conféré une dignité à mes rêveries chroniques. Une fois le livre refermé, moralement confortée dans ma quête, je me suis précipitée vers le dortoir des garçons pour me jeter sur l’autel d’un rejet certain. L’émotivité contenu dans Les Souffrances annonce les grandes œuvres du romantisme tardif, comme Tristan et Isolde (1859) de Wagner, une source d’inspiration majeure pour cette exposition, tout comme Pelléas et Mélisande (1893) de Debussy. Mais en réalité, les peintures de Ben me rappellent cet opéra de mon imagination adolescente. Entouré de plaines de peinture indéterminées, des nœuds concentrés en gestes suggèrent un parallèle entre la focalisation visuelle et la fixation émotionnelle. Je réfléchis à l’acte de regarder, à l’éclat aveuglant de mon propre désir, et soudain chaque jaillissement expressif et chaque moment d’intériorité obstinée devient conscient de lui-même sur une scène de carton bon marché.
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Mark and Golaud évoque un autre type de triangulation, car la relation entre nous trois a toujours été fortement médiée par ce que nous voyons, lisons, regardons et écoutons. Notre relation à l’art bénéficie toujours de la présence de personnes avec qui en parler.
-Emma Dollery et Maya Burns