Francine Savard - A Documentary Exhibition

2026 | FRANCINE SAVARD
A DOCUMENTARY EXHIBITION
TORONTO
15 jan - 28 fév 2026


  • OEUVRES
  • CV

Francine Savard, Legacy, view 1 and 3 inks (Anne Truitt), 2025, acrylique sur toile marouflée sur panneau, de gauche à droite : 30.5 × 24.6 cm (12" × 9.7") ; 20.3 × 19.6 cm (8" × 7.7") ; 20.3 × 11.2 cm (8" × 4.4") ; peinture principale : 101.6 × 73.7 cm (40" × 29"), ensemble : 101.6 × 261.6 cm (40" × 103")

A Documentary Exhibition présente les dernières recherches de Francine Savard.

Cette exposition recense principalement 2 séries d’« études » réalisées spécifiquement autour des œuvres Landfall (1970) et New England Legacy (1963) de l’artiste américaine Anne Truitt (1921-2004).

Ma ferveur à étudier les œuvres de Anne Truitt vient de ma frustration à n’en avoir vu aucune (j’ai vu des œuvres de Judd, Flavin, LeWitt…, Buren, Morellet…, mais d’Anne Truitt, jamais). Cette activité de recherche m’occupe par intermittence depuis 2014. C’est pour moi la suite jamais terminée des « leçons de peinture » (programme de recherche que je me suis donné de suivre dès 1994 au sortir de la maîtrise en arts visuels de l’UQAM). Ces « leçons », parmi d’autres, ont engendré en 1998 Les couleurs de Cézannne dans les mots de Rilke, en 2000 les séries Un plein un vide à propos des tableaux de 1955-1969 de Fernand Leduc, en 2018 les tableaux du Programme d’œuvres en devenir de Paul‑Émile Borduas inspirés de ses dessins tardifs, ou alors en 2019, Montréal 84, des œuvres déclinées à partir d’un catalogue d’exposition de l’artiste belge Marthe Wéry. À chaque fois, ces «leçons de peinture» sont l’occasion pour moi d’ouvrir virtuellement un laboratoire dans l’atelier de l’artiste sous « enquête ». 

Les sculptures d’Anne Truitt, souvent des formes parallélépipédiques en bois aux dimensions humaines, aux surfaces peintes de couleurs somptueuses en multicouches et aux compositions astucieusement décalées par rapport aux structures sous-jacentes, constituent la singularité de son travail.

Plutôt qu’un minimalisme répondant à la tautologie de Frank Stella : « What you see is what you see », les œuvres d’Anne Truitt correspondent, en mes termes, à un minimalisme « plein », affecté par des réminiscences paysagères ou biographiques qui provoquent chez le spectateur une émotivité ouvertement narrative. 

La sophistication visuelle de ses pièces suggère qu’il ne s’agit pas seulement de sculptures, mais aussi de peintures en trois dimensions, c’est donc dire, affectées notamment par la lumière. Anne Truitt décrit ses objets peints comme la couleur libérée dans l’espace réel.

Pour qui n’a pas été en « présence » des œuvres d’Anne Truitt, les informations disponibles sont cruellement imparfaites. Même lorsque, pour Landfall par exemple, la documentation est plutôt abondante, celle-ci, à force de photos et de textes, démultiplie les interrogations que l’œuvre peut susciter et rend impossible la tâche de constituer « une référence ». Comme l’écrivait Lesley Johnstone à propos de ma pratique : « Les mots servent autant de voies d’accès que d’obstacle ». Dans le cadre de cette recherche, il en sera de même de la photographie, car ces œuvres résistent à la représentation et sont, comme le souligne Kristen Hileman, dans le catalogue Perception and Reflection, presque impossible à photographier. En l’occurrence il me manquera toujours l’expérience du face-à-face. Les récents tableaux ainsi réunis constituent un « compte-rendu » amoureux certes, mais spéculatif, toujours en demande de vérification et provoquant chez moi une fixation durable, moteur de mon obstinée recherche créatrice.


Francine Savard, janvier 2026